Assurance Emprunteur Déléguée : Économiser sur Son Crédit Immobilier avec la Loi Lemoine
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Assurance Emprunteur Déléguée : Économiser sur Son Crédit Immobilier avec la Loi Lemoine

13 min de lecture

Un couple de 35 ans signe un prêt immobilier de 250 000 € sur 25 ans pour acheter sa résidence principale. La banque propose son assurance groupe au taux de 0,36 % du capital initial : cotisation d’environ 75 € par mois et par emprunteur, soit 22 500 € sur la durée du crédit pour une seule tête assurée, ou près de 45 000 € si les deux co-emprunteurs sont couverts à 100 %. À profil identique, un contrat délégué auprès d’un assureur externe affiche 0,12 % du capital restant dû. Le coût total tombe à environ 7 500 € par tête, soit 15 000 € à deux.

La différence, 15 000 € à 30 000 € selon la configuration, n’est pas anecdotique : elle représente un an de salaire médian pour beaucoup de ménages. Et pourtant, d’après les chiffres publiés par le Comité Consultatif du Secteur Financier (CCSF), une très large majorité d’emprunteurs conserve l’assurance proposée par sa banque lors de la signature, par méconnaissance du droit à déléguer ou par crainte d’un refus. La loi Lemoine du 28 février 2022 a pourtant rebattu les cartes en supprimant tous les verrous temporels qui rendaient la substitution complexe.

Qu’est-ce que l’assurance emprunteur ?

L’assurance emprunteur est la garantie exigée par la banque lors de la souscription d’un prêt immobilier. En cas de décès, de perte d’autonomie ou d’incapacité de travail de l’emprunteur, c’est l’assureur qui prend le relais pour rembourser le capital restant dû ou les échéances du crédit. Elle protège donc à la fois le prêteur, qui récupère sa créance, et la famille de l’emprunteur, qui n’a pas à assumer seule une dette importante.

Quatre garanties structurent tout contrat d’assurance de prêt immobilier :

  • Décès : remboursement du capital restant dû à la banque si l’emprunteur décède avant la fin du prêt
  • PTIA (Perte Totale et Irréversible d’Autonomie) : prise en charge lorsque l’emprunteur est reconnu dans l’impossibilité définitive d’exercer toute activité rémunératrice et nécessite l’assistance d’une tierce personne pour les actes ordinaires de la vie
  • ITT (Incapacité Temporaire Totale de travail) : versement des échéances pendant un arrêt de travail, après une franchise généralement de 30 à 180 jours
  • IPT / IPP (Invalidité Permanente Totale ou Partielle) : prise en charge en cas d’invalidité reconnue par un médecin-conseil, avec un taux d’invalidité minimal contractuel

Juridiquement, l’assurance emprunteur n’est pas obligatoire au sens du Code des assurances. En pratique, aucune banque n’accorde de prêt immobilier sans couverture décès-PTIA au minimum, et très souvent sans couverture ITT-IPT pour les emprunteurs en activité. Le coût moyen d’une assurance de prêt oscille entre 0,15 % et 0,60 % du capital emprunté par an, selon l’âge, l’état de santé, la profession et le type de contrat. Sur un prêt immobilier classique, cette assurance représente couramment 25 à 30 % du coût total du crédit, parfois davantage.

La loi Lemoine : ce qui a changé

La loi n°2022-270 du 28 février 2022 « pour un accès plus juste, plus simple et plus transparent au marché de l’assurance emprunteur », dite loi Lemoine, constitue la réforme la plus profonde du secteur depuis la loi Lagarde de 2010. Elle est entrée en vigueur en deux temps : le 1er juin 2022 pour les nouvelles offres de prêt et le 1er septembre 2022 pour tous les contrats en cours, quelle que soit leur date de souscription.

Trois piliers définissent cette réforme :

  • Résiliation à tout moment : l’emprunteur peut changer d’assurance de prêt à n’importe quelle date, sans frais, sans pénalité, sans attendre l’anniversaire du contrat. Ce dispositif remplace les régimes Hamon (résiliation limitée aux douze premiers mois) et Bourquin (résiliation à chaque date anniversaire) qui encadraient auparavant la substitution.
  • Suppression du questionnaire médical pour les prêts dont le capital assuré par tête est inférieur à 200 000 € et qui sont remboursés avant le 60e anniversaire de l’emprunteur. Concrètement, un emprunteur de 45 ans qui souscrit un prêt de 180 000 € sur 15 ans n’a plus à déclarer son état de santé ni à subir d’exclusion pour antécédent médical.
  • Droit à l’oubli renforcé : les anciens malades du cancer et de l’hépatite C peuvent bénéficier du droit à l’oubli après 5 ans de rémission, contre 10 ans auparavant. Cette protection est inscrite dans la grille de référence de la convention AERAS.

Le fondement juridique de la résiliation se trouve à l’article L.113-12-2 du Code des assurances et à l’article L.313-30 du Code de la consommation, qui imposent au prêteur de répondre dans les dix jours ouvrés à la demande de substitution. Un refus doit être motivé, exclusivement sur le terrain de la non-équivalence des garanties, et ne peut donner lieu à des frais.

Contrat groupe contre contrat délégué : la différence financière

La vraie question pour l’emprunteur n’est pas théorique : elle est arithmétique. Deux modèles coexistent.

Le contrat groupe, proposé par défaut par la banque, mutualise le risque entre tous les clients : jeune et actif ou sénior, non-fumeur ou fumeur, profession sédentaire ou exposée, chacun cotise sur une base uniforme ou très faiblement segmentée. Ce modèle simplifie la souscription et permet à la banque de marger sur un produit annexe au prêt. Les tarifs moyens observés se situent entre 0,30 % et 0,55 % du capital initial, calculés de manière linéaire pendant toute la durée du crédit, que le capital restant dû ait diminué ou non.

Le contrat délégué est souscrit auprès d’un assureur externe (Generali, MetLife, April, MACSF, Harmonie Mutuelle, SwissLife ou d’autres acteurs spécialisés). La tarification est individualisée : l’âge à la souscription, le statut tabagique, la profession, les sports pratiqués et parfois l’état de santé interviennent dans le calcul de la prime. La plupart des contrats délégués facturent sur le capital restant dû, donc la cotisation diminue mécaniquement au fil des remboursements. Les taux constatés s’échelonnent entre 0,08 % et 0,25 %, souvent deux à quatre fois moins élevés que le contrat groupe équivalent.

Reprenons l’exemple initial. Un couple de 35 ans, non-fumeur, cadres, emprunte 250 000 € sur 25 ans au taux de 3,5 %, avec une quotité de 100 % sur chaque tête :

  • Contrat groupe bancaire à 0,36 % (capital initial) : 0,36 % × 250 000 € × 25 ans × 2 emprunteurs = 45 000 € sur la durée du prêt
  • Contrat délégué à 0,12 % (capital restant dû, approximation avec capital moyen de 125 000 €) : environ 7 500 € par tête, soit 15 000 € au total

L’écart dépasse 30 000 €. Sur un prêt de cette durée, il représente l’équivalent d’une cuisine équipée complète, d’un véhicule neuf ou d’une année complète de mensualités. La marge de négociation avec la banque reste possible, mais elle ne permet jamais de descendre au niveau d’un contrat individuel bien ciblé.

L’équivalence des garanties : le garde-fou

La liberté de déléguer son assurance est encadrée par une exigence légale : le nouveau contrat doit offrir des garanties au moins équivalentes à celles du contrat groupe de la banque. Cette notion d’équivalence repose sur une liste de critères standardisée fixée par le CCSF. La banque choisit un maximum de onze critères parmi cette liste (décès, PTIA, ITT, IPT, IPP, garantie perte d’emploi, exclusions, franchise, mode d’indemnisation forfaitaire ou indemnitaire, couverture des sports et couverture des déplacements à l’étranger) et les porte à votre connaissance via la Fiche Standardisée d’Information (FSI), document remis dès le premier entretien de crédit.

L’assureur délégué doit démontrer que son contrat couvre ces onze critères au même niveau, ni plus ni moins exigeant. La banque ne peut pas exiger davantage que sa FSI initiale, ni refuser sous prétexte que l’assureur externe offre « moins de garanties » sur un critère qui ne fait pas partie de la liste retenue.

Les étapes pour déléguer son assurance

La substitution d’assurance emprunteur se déroule en six étapes précises, dont la maîtrise évite la plupart des litiges.

  1. Demander la FSI à la banque si vous ne l’avez pas conservée. Ce document est obligatoire et gratuit. Il liste les critères d’équivalence que devra respecter votre futur contrat.
  2. Comparer plusieurs offres déléguées. Les canaux possibles sont les comparateurs en ligne, les courtiers spécialisés en assurance de prêt et les assureurs directs. Un courtier facture rarement des honoraires à l’emprunteur : il est rémunéré par l’assureur retenu.
  3. Vérifier ligne à ligne l’équivalence des garanties à l’aide de la FSI. Les pièges fréquents se cachent dans le niveau de capital (100 % contre 50 %), la durée de franchise ITT (30, 60, 90 ou 180 jours), le mode d’indemnisation (forfaitaire contre indemnitaire) et les exclusions professionnelles ou sportives.
  4. Souscrire le nouveau contrat après acceptation de l’assureur. Si un questionnaire médical est demandé (prêt supérieur à 200 000 € ou remboursé après 60 ans), il doit être rempli avec la plus grande rigueur : une omission peut entraîner la nullité du contrat en cas de sinistre.
  5. Envoyer la demande de substitution à la banque par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par tout support durable. Joindre le nouveau contrat, la FSI de l’assureur externe et le tableau comparatif des garanties.
  6. La banque dispose de 10 jours ouvrés pour répondre. Le silence ou une réponse favorable entraîne la substitution sans frais. Un refus doit être motivé, strictement sur le terrain de la non-équivalence, et notifié par écrit. L’emprunteur peut alors demander à son assureur externe de modifier le contrat, contester le refus auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ou saisir le médiateur de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).

Le nouveau contrat prend effet à la date indiquée dans la notification d’acceptation de la banque, et le contrat groupe est résilié automatiquement à la même date, sans que l’emprunteur n’ait à effectuer une démarche supplémentaire.

Les pièges à éviter

Plusieurs écueils, moins visibles que le prix affiché, peuvent transformer une substitution apparemment avantageuse en mauvaise affaire.

  • Des garanties allégées : certains contrats délégués très compétitifs excluent les sports dits à risque (escalade, parapente, plongée au-delà d’une profondeur donnée), les professions libérales réglementées ou les affections du dos et les troubles anxio-dépressifs. Ces exclusions ne sont pas illégales, mais elles réduisent la portée réelle du contrat.
  • Une franchise ITT trop longue : un contrat groupe couvre souvent l’incapacité temporaire de travail après 30 jours d’arrêt, tandis que certains contrats délégués à tarif bas imposent 90 ou 180 jours. Pour un salarié du privé, cette différence peut représenter plusieurs milliers d’euros non remboursés en cas d’arrêt prolongé.
  • Un capital couvert insuffisant : le contrat peut couvrir 100 % du capital sur le risque décès mais seulement 50 % sur la PTIA ou l’IPT. En cas d’invalidité, la banque continue d’exiger le remboursement de la moitié du crédit.
  • Un refus abusif de la banque : certaines banques tentent de décourager la substitution par des exigences non prévues par la FSI ou par une interprétation extensive de l’équivalence. Dans ce cas, le recours existe : signalement à la DGCCRF, saisine du médiateur de l’ACPR, ou intervention d’un courtier expérimenté qui connaît les usages de chaque établissement.
  • L’oubli de déclaration de santé en cas de changement important : même après la souscription, l’assuré est tenu de déclarer à son assureur les modifications de situation susceptibles d’aggraver le risque (changement de profession à risque, diagnostic médical grave). Une omission peut entraîner la nullité du contrat sur le fondement de l’article L.113-8 du Code des assurances.

Cas particuliers à connaître

Plusieurs situations requièrent une analyse plus fine que le schéma standard.

  • Professions réputées à risque (pompier professionnel ou volontaire, policier, militaire, convoyeur de fonds, couvreur, élagueur) : la prime est systématiquement majorée et certaines garanties peuvent être limitées ou refusées. L’intervention d’un courtier spécialisé permet de négocier avec des assureurs habitués à ces profils.
  • Sportifs occasionnels contre licenciés : la pratique en club avec compétitions officielles déclenche souvent une surprime ou une exclusion, là où une pratique loisirs reste couverte. La distinction doit être précisée dans la déclaration initiale.
  • Emprunteurs de plus de 55 ans : la loi Lemoine impose à nouveau le questionnaire médical dès que le capital dépasse 200 000 € par tête ou que l’échéance du prêt tombe après le 60e anniversaire. Les taux grimpent significativement et certaines garanties peuvent être plafonnées ou refusées au-delà d’un certain âge terme (généralement 75 à 85 ans).
  • Co-emprunteurs : la quotité d’assurance (100/100, 50/50, 60/40, 75/25) détermine qui est couvert et à quelle hauteur sur chaque tête. Une quotité 100/100 double le coût mais protège entièrement chaque conjoint en cas de sinistre sur l’autre. Elle reste recommandée pour les ménages où les deux revenus sont nécessaires au remboursement.
  • Investisseur locatif : pour un prêt immobilier destiné à un investissement locatif, la banque accepte plus facilement une couverture allégée, centrée sur le décès et la PTIA, car les loyers perçus peuvent compenser un arrêt de travail. Ce type de profil permet d’optimiser encore davantage le coût de l’assurance.
  • Convention AERAS : pour les emprunteurs atteints d’une pathologie lourde qui n’entre pas dans le droit à l’oubli, la convention « s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé » organise un examen en trois niveaux par les assureurs, avec obligation de proposer une solution ou un refus motivé.

Questions fréquentes

Puis-je déléguer mon assurance plusieurs fois pendant la durée du prêt ?

Oui. La loi Lemoine autorise la résiliation et la substitution à tout moment et sans limite de fréquence. Un emprunteur qui constate, trois ans après une première substitution, qu’une offre encore plus compétitive existe peut renouveler la démarche.

Que se passe-t-il si ma banque refuse la substitution ?

Le refus doit être motivé par écrit et porter exclusivement sur la non-équivalence des garanties. Si la motivation paraît abusive ou fantaisiste, l’emprunteur peut saisir le médiateur de l’ACPR, signaler la pratique à la DGCCRF et, en dernier recours, engager une procédure devant le tribunal judiciaire.

La délégation modifie-t-elle le taux de mon prêt ?

Non. Le taux du crédit immobilier reste celui du contrat initial. La banque ne peut pas réviser le taux nominal à la hausse au motif que l’emprunteur a choisi une assurance externe. Seul le coût de l’assurance change, ce qui fait baisser le TAEG (Taux Annuel Effectif Global) global du prêt.

Combien de temps prend la substitution d’assurance ?

Entre l’envoi de la demande à la banque et la prise d’effet du nouveau contrat, il faut généralement compter deux à quatre semaines, dont les 10 jours ouvrés de réponse obligatoire de la banque. Une substitution bien préparée, avec FSI, contrat et tableau d’équivalence transmis ensemble, est rarement refusée.

Le questionnaire de santé est-il vraiment supprimé ?

Oui, mais sous deux conditions cumulatives : le capital assuré par tête doit être inférieur à 200 000 € et le prêt doit être intégralement remboursé avant le 60e anniversaire de l’emprunteur. Pour un couple empruntant chacun 180 000 € (total 360 000 €) avec la fin du prêt à 58 ans, les deux bénéficient de la suppression du questionnaire.

Un assureur peut-il refuser ma souscription ?

Oui. L’assureur externe n’est pas tenu d’accepter tous les profils. Un refus peut intervenir en raison d’un antécédent médical hors du champ du droit à l’oubli, d’une profession à très fort risque ou d’un âge proche du terme de couverture. La convention AERAS prend alors le relais.


Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé en assurance. Les chiffres présentés sont des ordres de grandeur à la date de publication et varient selon votre profil (âge, santé, profession, localisation, capital emprunté). Pour toute démarche, consultez un courtier en assurance agréé ORIAS ou rapprochez-vous directement de plusieurs assureurs pour obtenir des devis personnalisés. Les réclamations peuvent être adressées à l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) ou à un médiateur bancaire agréé recensé sur le site de la Banque de France.

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Sophie Renard

Écrit par

Sophie Renard

Experte en assurance avec plus de 10 ans d'expérience dans le courtage et le conseil. Sophie décrypte les contrats, compare les garanties et vous aide à trouver l'assurance adaptée à votre situation.

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